Compte-rendu du débat public Migration

Une belle salle, mais peu remplie. Beaucoup d’inscrits se sont sans doute arrêtés sur les quais, où la fête bat son plein. Il se peut aussi que la migration, thème qui a fait tomber le gouvernement, mais qui n’a pas pris une grande place dans cette campagne, est un sujet qui n’intéresse qu’en temps de crise, ce qui n’est pas une bonne chose.

Marie Arena (PS), François De Smet (Défi) et Aymeric De Lamotte (liste Destexhe) représentent le monde politique. Abdeslam Marfouk et Daniel Martin, pour l’introduction, et Bruno Darbaix, pour les conclusions, parlent au nom du groupe de travail d’eChange. Olivier Mouton (Le Vif) et Martin Buxant (LN24) animent le débat.

Dans l’introduction, Abdeslam Marfouk et Daniel Martin insistent notamment pour passer « d’un débat d’hormones à un débat de neurones » en commençant par analyser les chiffres. Quelques exemples. Depuis 2015, on relève moins de naissances que de décès en Europe. 7 immigrés sur 10 en Belgique sont des Européens. 4 sur 10 résidents en Belgique d’origine marocaine sont naturalisés Belges. Ce rapport dépasse les 7/10 pour ceux d’origine congolaise. L’OCDE a calculé que les effets des migrations sur l’économie sont positifs. L’apport fiscal des immigrés atteint 0,3% du PIB.

Les cinq solutions reprises par le magasine sont toutes soutenues par les représentants politiques. Marie Arena, en particulier, souligne que « toutes les propositions d’eChange sont intéressantes » :

  1. Le forum de citoyenneté participative doit permettre un débat serein et une meilleure appréhension des problématiques et des solutions;
  2. Des politiques migratoires plus claires sont indispensables pour apaiser les craintes de la population et traiter les demandes d’asile plus efficacement et plus rapidement. Marie Arena et François De Smet insistent sur la nécessite de procéder, sur la base de critères transparents et objectifs, à une politique de régularisation en flux continu, plutôt qu’une fois tous les dix ans, puisqu’il s’agit souvent de personnes qui ont une activité en Belgique , qui ont des enfants scolarisés et qui sont interdits de retour. Aymeric De Lamotte semble d’abord les rejoindre sur ce plan, puis indique prendre ses distances.
  3. La cérémonie de naturalisation représente une avancée très concrète comme cérémonie de valorisation, de promotion, de reconnaissance. Elle doit être précédée d’un parcours d’intégration, portant sur la langue, la culture et ouvrant la porte à des formations professionnelles, auquel tous doivent participer, mais qui ne doit pas être sanctionné par un examen. Si l’école continue à produire un pourcentage élevé d’analphabètes, peut-on se baser sur un examen de langue pour renvoyer quelqu’un chez lui ou pour lui refuser la naturalisation ? Seul Aymeric de Lamotte tient à un tel examen sélectif.
  4. Les programmes de formation en entreprise font l’unanimité. Tous soulignent qu’il existe beaucoup d’offres d’emplois vacants et que les migrants font parfois des jobs que les Belges ne veulent pas faire. L’enjeu est de taille parce que les courbes d’arrivées et de départ du marché de l’emploi vont bientôt s’inverser et que les pénuries vont augmenter dans les années à venir.
  5. Les médias doivent laisser plus de place à la diversité. Mais ce n’est pas simple, parce que tous les candidats potentiels ne disposent pas de l’information et des codes pour accéder à ces jobs.

Quelques thèmes ont fait débat. Tous sont d’accord pour rejeter la « règle de Dublin » qui exige que la demande d’asile d’un migrant soit examinée dans le pays d’entrée. Mais Marie Arena et François De Smet plaident pour une répartition des centres en Europe, tandis qu’Aymeric De Lamotte les souhaitent dans un pays situé hors de la frontière Schengen, selon le modèle australien.

Tous s’accordent sur le rôle de l’école, mais François De Smet plaide pour que le niveau de toutes les écoles progresse pour atteindre des niveaux comparables, tandis que Marie Arena défend le décret Inscriptions pour éviter des situations où la plupart des enfants viennent de la migration.

Tous sont d’accord pour augmenter le budget à la coopération et revoir certaines règles commerciales qui défavorisent l’Afrique, mais certains pensent que cela va freiner le flux migratoire, d’autres prédisent que cela va au contraire l’augmenter, ceux qui tentent le voyage vers l’Europe provenant plutôt de la petite classe moyenne plutôt que de la partie de la population la plus pauvre.

En conclusion, tous demandent qu’une autre approche de la migration et du vivre ensemble soit mise en œuvre et soulignent l’excellent travail d’eChange pour indiquer des pistes d’amélioration.

Bruno Derbaix propose en conclusion au nom d’eChange une nouvelle vision de la migration et du vivre ensemble, où les deux partenaires se considèrent réciproquement comme une opportunité l’un pour l’autre. Il insiste sur le parcours d’intégration, la meilleure des choses s’il est pensé pour aider les gens, la pire s’il sert à exclure. Il finit par lier le problème des médias et de l’école : celle-ci doit apprendre aux jeunes à bien utiliser les médias et les médias doivent y apprendre à toucher les jeunes à nouveau, qu’ils soient belges ou issus de la diversité.

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