Groupe de travail Démocratie

Réunion du 25 avril 2019

Compte-rendu

 

Le monde a changé… il est temps de faire évoluer les mécanismes démocratiques pour qu’ils correspondent au monde d’aujourd’hui et permettent de saisir collectivement les enjeux et les opportunités qui s’annoncent.

Le monde a changé, mais pas le monde politique.

La perte de confiance des citoyens envers « la politique et le politique » est massive et atteint des records : 75% des citoyens ne font plus confiance aux politiques ; ils estiment que leurs idées ne sont pas représentées et qu’aller voter ne permet pas de changer les choses !

Il nous semble au sein d’e-Change que le monde politique n’a pas pleinement pris la mesure de la profonde mutation de société à laquelle nous assistons. S’il partage ce constat d’un désamour grandissant entre citoyen et politique, le monde politique pris globalement reste en effet comme englué dans des visions à court terme, électoralistes et partisanes, dans des querelles « politiciennes » et des manœuvres visant à séduire l’électeur et conquérir ou garder le pouvoir, vu comme une fin en soi. Ces comportements continuent malheureusement de creuser toujours plus profondément le fossé ou la tombe dans laquelle le monde politique s’enterre.

Au-delà de ces jeux politiques, « le système » lui-même – la lasagne institutionnelle et des contraintes économiques et juridiques fortes – entrave également la capacité d’action des politiques. Ils se sentent contraints de promettre des résultats qu’ils savent qu’ils n’atteindront pas : 30 ans que tous les partis promettent le changement et que, vu du citoyen, rien ne change jamais de manière franchement perceptible…

Et finalement, la démocratie – ou la particratie – ne semble plus efficace pour résoudre les problèmes et promettre – de manière crédible ! – un avenir meilleur. Les citoyens se font ainsi de plus en plus l’image d’un monde politique « qui ne sert à rien… », et qui ne prend pas réellement les actions nécessaires. Le sentiment dominant est que les décideurs politiques n’ont pas la capacité d’agir pour améliorer la qualité de vie des gens et, pire, que le système politique actuel ne développe aucune vision !

Il n’est dès lors pas étonnant que 2/3 des citoyens estiment que leurs enfants vivront moins bien qu’eux…

C’est un chiffre impressionnant… mais pourtant il n’y a pas de fatalité et l’espoir est permis : la Belgique est l’un des pays les plus prospères du monde. Tous les ingrédients sont réunis pour donner à chaque citoyen une chance réelle de vivre une vie digne et épanouissante.

Le monde s’horizontalise et les initiatives citoyennes – des gilets jaunes aux marches pour le climat en passant par les coopératives locales, les circuits courts, etc. – montrent que la reprise en main de leur destin par les citoyens eux-mêmes est à l’œuvre… Mais parallèlement, quand des actions politiques sont prises, d’autres citoyens (voire les mêmes) n’y adhèrent que peu voire pas du tout dès lors qu’elles ne correspondent pas à leur intérêt individuel. À côté de l’horizontalisation, c’est donc aussi à la « tribalisation » de la société que nous assistons avec les effets des réseaux sociaux. D’une certaine manière, ces deux mouvements concourent à des-institutionnaliser l’exercice de la citoyenneté et à produire une société davantage atomisée, dans laquelle l’esprit critique tangue voire vacille.

Pour « faire société » et relever les défis de notre époque, on a plus que jamais besoin de politique, au sens noble et ambitieux du terme !

Pour cela, il ressort d’une année de travail au sein d’e-Change – avec des citoyens, des experts et des politiques – qu’il est sans doute nécessaire – voire même indispensable – de faire évoluer nos institutions démocratiques.

Il s’agirait de privilégier un mode de fonctionnement qui s’ancre dans le long terme et s’arc-boute sur l’horizontalisation de la société. Soit ré-incorporer la citoyenneté dans les institutions pour impliquer davantage les citoyens – avec les corps intermédiaires et les politiques eux-mêmes – dans la définition des politiques, puis dans leur mise en œuvre et leur évaluation.

Cette ré-incorporation de la citoyenneté dans les institutions peut prendre plusieurs formes complémentaires entre elles d’une part et complémentaires avec le système politique partisan que nous connaissons d’autre part. Par exemple des assemblées de citoyens tirés au sort en complément des assemblées d’élus, des référendums d’initiatives citoyennes, des panels consultatifs pour creuser des questions ponctuelles, etc.

Nous croyons toutefois aux vertus de la délibération : les observations que nous avons pu faire nous apprennent en effet que la participation citoyenne institutionnalisée à travers des assemblées délibératives de citoyens tirés au sort – travaillant sur le mode de l’intelligence collective en mobilisant l’expertise de leur vécu – sont de nature à rapprocher le citoyen du politique et à renforcer l’efficacité globale du système politique. Notamment parce que, en complémentarité avec une assemblée classique, elles permettent de :

  • Faciliter la prise de conscience par le citoyen de la complexité du monde et de la diversité des intérêts au-delà du sien
  • Produire des solutions meilleures, plus équilibrées, plus réalistes et mieux alignées sur les attentes et les nécessités du bien commun
  • Libérer le politique, qui est moins contraint d’apparaître comme un surhomme et de faire des promesses intenables. Il peut en effet se reposer sur un décideur tiers pour, d’une part, imposer à sa base les compromis construits avec une assise citoyenne plus large et, d’autre part, s’émanciper des positions de son propre parti qui sont parfois en contradiction avec ses propres convictions personnelles

Une dose de délibération citoyenne institutionnalisée permettrait ainsi de réconcilier citoyens et politiques, c’est-à-dire de faire en sorte que le politique puisse prendre des décisions efficaces tout en emportant l’adhésion des citoyens.

Renouveler la démocratie implique aussi de transformer les partis.

Vu leur place dominante dans l’espace démocratique, une réforme de nos institutions semble devoir s’accompagner d’une réforme parallèle à l’intérieur de nos partis politiques. Parce que la très forte concentration du pouvoir à l’intérieur des partis déporte ses effets sur l’ensemble du système démocratique. Par exemple, les récentes affaires de « placement » des uns et des autres sur les listes ont fait tomber une majorité parlementaire et ruiné partie importante des efforts du dernier Gouvernement wallon.

Il apparaît possible de modifier ces rapports de pouvoir en ouvrant plus le jeu de la constitution des listes électorales, soit en imposant des primaires internes, soit modifiant la loi électorale notamment pour supprimer l’effet dévolutif de la case de tête ou pour supprimer les suppléances et les jeux savants de chaises musicales qu’elles rendent possibles.

D’autres chantiers seraient sans doute également salutaires pour renforcer au sein des partis les dynamiques militantes et de débat, et limiter l’installation durable de phénomènes de courtisanerie – clientélisme. Encore faut-il que les partis aient conscience de l’urgence démocratique pour s’imposer un changement à eux-mêmes, ou que les assemblées citoyennes les leur imposent quand elles existeront.

L’urgence pourtant est là : le désenchantement vis-à-vis de la démocratie ne cesse de s’amplifier, menaçant quand on y regarde bien la démocratie elle-même.

Aujourd’hui, la défiance des citoyens envers les politiques fait tache d’huile… elle s’étend à toutes les institutions : les administrations, les syndicats, la presse, les banques, … et même dernièrement en France un restaurant huppé.

La démocratie dans ses formes traditionnelles s’effrite, s’étiole… et il n’est pas inimaginable qu’elle disparaisse progressivement, comme on peut le voir tout doucement en Hongrie ou en Turquie avec l’apparition des « démocratures » ou des démocraties illibérales… Il suffit pour s’en convaincre de voir l’évolution des votes et des idées ces dix dernières années en Italie, en Pologne, en Grèce, en Autriche, etc. où les populistes sont au pouvoir.

Le thème de la démocratie est riche en enjeux et se nourrit d’une grande diversité de points de vue. Il nous semble ainsi qu’il mérite d’occuper une place centrale dans le débat politique et citoyen.

 

 

 

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